Walla

Je vis un bouquet de roses sur une table. Il y avait un jardin, une maison, le ciel bleu et le soleil. Je me promenais, Wozul avait crié mon nom en plein air, Hal ! Hal ! avait-il dit, puis il s’était plongé dans un long silence. J’étais heureux, j’avais entendu mon nom. Moi aussi je comptais. Ce jour-là, j’en étais au chiffre vingt-quatre. Je comptais lentement. Ma tête bourdonnait, je voyais le ciel, je m’aperçus que je tenais debout sur la terre. Il n’y avait rien à craindre. Beaucoup de gens étaient dans mon cas. Je voyais les roses. Je pensais à Wozul. Gorda n’était pas visible. Où se cachait-elle ? Une femme en robe blanche s’approcha de la table, prit une rose, me regarda. Je lui fis signe de continuer. Elle avança d’un pas, fit demi-tour, dit : « Vous êtes chez vous ! Vous êtes chez vous ! » Je ne la connaissais pas, j’étais en promenade. Nous allions à notre gré. Il y avait tant de gens à rencontrer. La montagne était jolie, la plaine était aérée, il y avait de belles collines. Wozul parlait des abeilles. Il y en avait une au-dessus de sa tête. A qui parlait-il ? Il y avait beaucoup de lumière. Wozul parlait souvent, il n’avait pas besoin de vis-à-vis. Qu’il s’agisse d’abeilles, de roses ou d’épicéas, il expliquait, argumentait, tentait de convaincre, personne ne répondait. Avait-il vu cette femme en robe blanche, existait-elle pour lui ou n’était-elle qu’un fruit de ses constructions verbales ? Moi-même j’étais inquiet. Par bonheur, il avait crié mon nom. Le reste était sans importance. Je me souvenais d’un bouquet de roses. Il y avait beaucoup de jardins, peut-être avais-je rêvé de cette femme en robe blanche, les maisons étant chose commune. Wozul avait un bel appétit. Après avoir mangé, il faisait une petite sieste, j’attendais son réveil et lorsqu’il me disait : « C’est toi, Hal ? », je l’arrêtais, lui posais un doigt sur la bouche, lui disais : « C’est bien, voici mon nom, la journée sera belle. » Hal et Wozul s’en allaient. Hal disait que Gorda chantait bien. Wozul disait que Walla était immortel.