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Décès de François Muir

…avec cinq livres publiés, de Walla à L’Hypothèse du miroir, [François Muir] s’est construit un monde qui ne ressemble à aucun autre, mis en scène dans une écriture inventive à souhait. Il avait été repéré dès 1986, quand il avait publié Walla, un récit qui a été réédité dix ans plus tard dans le même volume qu’un roman, Le Vigile, et en même temps qu’un recueil de poèmes, L’Hypothèse du miroir. Monsieur Rutil, son premier roman, était paru en 1987 mais, surtout, on avait bondi de joie à la lecture du Palais des Haches, l’an dernier. Roman déconcertant, il exigeait du lecteur une véritable mise au point de l’esprit, comme on le fait avec des jumelles, afin de se mettre à bonne distance du texte, c’est-à-dire le plus près possible. Se laisser emporter par le flot de cette épopée burlesque et tragique était en effet le seul moyen d’entrer en harmonie avec le propos d’un auteur qui mettait en scène des personnages aussi étranges que Grand Nu, Mute Vie de Vie ou monsieur Boo… Le Palais des Haches est un livre qu’on n’oublie pas.

(Pierre Maury, Le Soir)

On n’a pas assez tenu compte de la rage d’écrire de François Muir ; cette rage le possédait depuis tant d’années ! Et cette rage, il en gardait une part pour les éditeurs trop timorés qui n’acceptaient presque jamais ses textes. Et le voici maintenant définitivement en exil, lui qui, justement, chantait

L’exil de chaque heure
En cette Lande où le
Battement des mondes
S’est interrompu.

Il faudra lui rendre justice, remettre sur le pavois ces étranges et belles proses. Bien sûr, sa poésie tendait vers l’essentiel, et ses allusions légères gardaient une grande justesse de ton :

A l’approche de la frontière,
L’apaisement soudain

L’essentiel, pour lui, au gré de ses séjours à l’étranger, demeurait lesté de petite mais de pure simplicité :

Il n’y a rien,
Sinon la surface de la neige,
Et le blanc de l’oeil
Qui s’y consume.

La célébration de l’aurore lui suffisait. Nous aurions dû être plus attentif à sa voix, à ses mots portés à l’incandescence. Sa haute exigence trouvait des émotions plus vraies à travers l’interrogation du monde. Ici, nul gargarisme de vocables, mais une recherche incessante du poème dans la nuance des mots et des choses. Je suis sûr que, maintenant, ses poèmes vont se déployer dans leur juste espace.

(Jacques Izoard, Le Carnet et Les Instants)